J’ai consacré ma vie professionnelle à l’école. Aujourd’hui, son état m’afflige, mais ce constat ne m’empêche pas de chercher des chemins pour avancer. Au fil de mon expérience, j’ai vu des pratiques pédagogiques aider concrètement les élèves et les équipes.
J’ai écrit dans mon Manuel de Pédagogie (Ed. Le Lys Bleu) à la page 131 : « c’est dans les savoirs proprement dits que l’IA est performante : gain de temps, absence d’oubli, etc. Nous avons besoin qu’elle trouve une place d’auxiliaire et d’assistance. Elle ne doit pas mener la pensée, elle doit l’aider, elle ne peut prendre la place de l’intelligence humaine, elle peut apporter un soutien. »
Je ne sais pas si l’I.A. est vraiment intelligente, et produit de la pensée. Ce n’est pas mon sujet. Je ne sais pas ce qui va advenir, je sais seulement qu’il faut composer avec elle, et apprendre à l’utiliser à bon escient. Elle va modifier la façon d’enseigner, moi-même j’aurais tellement aimé avoir une I.A. qui me cherche et résume les normes documents techniques, et avis techniques très nombreux dans l’industrie du bâtiment. J’aurais évité des heures de travail fastidieux devant mon écran.
Pour bien utiliser L’I.A. : il faut en connaître et comprendre ses défauts :
- Elle travaille sans choisir ses sources. Toute source est bonne, un article complotiste qui prétend que la terre est plate est sur un pied d’égalité avec un article Wikipédia sur la géographie planétaire ;
- Elle travaille en connaissant nos habitudes de recherches sur nos moteurs de recherche préférés et nos réseaux sociaux. Elle présentera une réponse qui correspond le mieux à ce qu’elle analyse comme étant nos centres d’intérêt. L’I.A. renforce nos biais cognitifs au lieu de les modérer, elle répond ce qui nous fait plaisir afin de renforcer notre dépendance à elle-même ;
- Elle travaille par probabilité, apporte la réponse la plus fréquente et non la plus pertinente. On connait tous ça, puisque sur nos smartphones le correcteur orthographique essaie de deviner le mot le plus probable qui suit celui que l’on est en train de taper. Parfois il corrige d’office, et on envoie des phrases sans aucun sens à notre correspondant ;
La première façon d’utiliser l’I.A. en classe c’est de lui demander d’effectuer des recherches documentaires.
Le prompt (le texte écrit par l’utilisateur pour expliquer à l’I.A. ce qu’elle doit chercher) devra donc indiquer une liste de documents exploitables par l’I.A., afin de cadrer cette recherche. Il faudra exclure de la recherche les sites commerciaux, politiques, complotistes, farfelus etc. Le plus simple est potentiellement d’indiquer dans le prompt les sites utilisables.
On commencera dès le niveau de l’instruction, à utiliser de façon très cadrée l’I.A., afin que les apprenants comprennent comment rédiger des prompts, et ce sur des sujets restreints par les enseignants. Ce n’est pas grave de se limiter car l’enseignement est une question de temps, le plus dangereux serait de sauter les étapes, alors qu’on s’inscrit dans un parcours de plusieurs mois ou plusieurs années.
Lorsqu’on aborde le niveau de la contextualisation & connaissances, l’utilisation de l’I.A. est modifiée : on lui demande de chercher des savoirs et de proposer entre des liens qui, pour l’humain, ne sautent pas aux yeux. Le rôle des professeurs est encore important parce qu’ils pourront analyser les réponses fournies par l’I.A. et fournir une expertise indispensable aux apprenants.
Enfin lorsqu’on atteint le niveau de l’autonomisation, les enseignants s’effacent lors de la rédaction des prompts, ils interviennent comme garde-fous, et comme ressource pour aider des apprenants en difficulté.
J’utilise, comme toujours, la décomposition en trois niveaux successifs : instruction, contextualisation et autonomisation. Je la développe dans le Manuel de pédagogie p.65 et p.119.
EXEMPLE :
Je cherche, puisque je suis un ancien prof de génie civil, le domaine d’utilisation d’un produit destiné au bâtiment. Comment est-ce que j’utilise l’I.A. ?
- Je sélectionne mes sources : avis techniques, normes, fiches descriptives, cahiers techniques etc..(*) Surtout j’exclue les communications commerciales omniprésentes et qui passent sous silence certains aspects négatifs, les posts et articles des amateurs certes pleins de bonne volonté mais pas vraiment au top niveau, cependant très fiers d’eux-mêmes.
- Je me heurte à un obstacle : l’accès à la norme (qui est la loi) est payant, et demande un abonnement à un site spécialisé. Cependant en bon professionnel je dispose des codes nécessaires (?) ;
- Je demande à l’I.A. une liste de textes, qui me serviront de références, textes que je sais classer du plus pertinent et plus fiable, au moins important et/ou moins fiable, ce que l’I.A. a du mal à faire (car elle les met tous au même niveau). Or l’établissement de cette liste est chronophage et fastidieux, je m’épargne énormément de travail à ce niveau grâce à l’I.A. ;
- Pour chaque texte, soit je demande un résumé, soit je pose une question précise du genre « quel est le domaine d’emploi de tel produit selon tel texte ? » ; Un questionnement texte par texte me permet de contourner un tant soit peu, le fonctionnement par probabilités de l’I.A. ;
- Là j’utilise mes connaissances, longuement acquises, pour décider de ce que je fais des informations récoltées : nouvelle recherche, réorientation de celles-ci, fin des recherches etc.
- La synthèse sera mon domaine réservé.
Yves Widloecher

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